Diên Biên Phu assaut final
Diên Biên Phu, assaut final
L'assaut final
Du 1er au 7 mai 1954 : les derniers combats à Diên-Biên-Phu.
La surface du camp a tellement diminué au cours du mois d'avril qu'une part de plus en plus importante du ravitaillement parachuté tombe chez l'ennemi. Les munitions commencent à manquer et la situation sanitaire est catastrophique. Les postes de secours sont saturés de blessés.
Le 1er Mai, Èliane 1 repris le 10 avril, est tenu par le II/1er RCP. Les deux compagnies amoindries qui restent se relèvent chaque soir. Le sommet de la colline n'est plus qu'un amas de ruines. Les Viets ont laissé sur le terrain l'équivalent d'un régiment.
Dans la soirée les chasseurs parachutistes voient débouler des centaines de silhouettes noires portant un masque de gaze blanche sur le visage. Après un quart d'heure de combat, la 3e compagnie du 1er RCP n'existe plus. Pour soutenir les cinq survivants regroupés autour du sergent Lair, le commandant Bréchignac envoie sa dernière compagnie menée par le lieutenant Périou. Toute la nuit les parachutistes luttent pied à pied pour conserver la position. À l'aube Èliane 1 tombe. Les paras du II/1er RCP ne sont pas vaincus, ils sont morts.
Des cent-quatre-vingts parachutistes ne reviennent que dix-huit blessés. Le lieutenant Périou est mort.
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À minuit, après avoir agité une multitude de drapeaux rouges, les Viets repartent à l'assaut. Les 312e et 316e divisions vietminh sont sur les collines de l'est. Les Viêts attaquent entre rivière et collines le point d'appui Dominique 3 qui est submergé.
Pour le tenir, il ne reste plus que le régiment thaï du commandant Chenel et la compagnie de tirailleurs algériens du capitaine Filaudeau. Le commandant Thomas, nouveau patron du 6e BCP envoie la 3e compagnie du lieutenant Perret en renfort.
Pendant six heures, Thaïs, Algériens et parachutistes vont tenir, sans appui d’artillerie, sans espoir de relève.
Ils s’accrochent, farouches, ne cédant pas un pouce de terrain face à deux régiments ennemis. Mais leur sacrifice héroïque est inutile.
Le lieutenant Robert Perret lance un dernier assaut avec une demi-section de parachutistes, et deux groupes de combat composés d’Algériens barbus et de Thaïs en loques claires ; les munitions sont épuisées ; Dominique 3 ne se rend pas ; le point d’appui tombe comme un fruit mûr à 4 heures du matin.
La 308e division vietminh mène à l'ouest deux attaques de diversion. La première contre Lily, point d'appui hâtivement créé à la fin avril après la chute d'Huguette pour protéger le flanc découvert du réduit central.
La seconde diversion se produit juste au-dessus sur Huguette 4, occupé par la plus grosse fraction du BMEP du commandant Guiraud. Les Viets prennent pied dans le réseau défensif. Une contre-attaque menée par Luciani et sa compagnie de marche les repousse.
Une nouvelle tentative viet sur Huguette 5 échoue.
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Dans la nuit du 2 au 3 mai les 36e et 102e régiments vietminh repartent à l'assaut d'Huguette 5 tenu par des légionnaires. Le 102e régiment viet enlève le point d'appui à 3 heures du matin après une heure et demie de combat acharné. Tous les bérets verts sont morts. Vers 4 heures, une cinquantaine de légionnaires du 2e REI tente de reprendre Huguette 5 en vain.
À l’aube, le commandant Guiraud voir surgir trois hommes hagards, couverts de boue et de sang : les sous-officiers Zurell et Novak et le caporal Grana, portant un quatrième, les jambes déchiquetées et le visage cireux ; le lieutenant Alain de Stabenrath.
Sévèrement atteint, l’officier est brancardé jusqu’à l’antenne chirurgicale et opéré. Huguette 5 est tombé.
Sur les six positions attaquées, trois sont irrémédiablement perdues : Èliane 1, Dominique 3 et Huguette 3. La saignée dans les rangs français de la valeur d’un bataillon est irréparable.
Dans la soirée, les bonnes conditions météorologiques permettent le largage de ravitaillement, en munitions et en sacs de riz ainsi que la 3e compagnie du capitaine Pouget du 1erBPC.
Dans la nuit du 3 au 4 mai le 36e régiment viet appuyé par deux autres régiments de la 308e division attaque Huguette 4. Le PA est submergé et la contre-attaque lancée par le commandant Guiraud ne donne rien.
Dans la nuit du 5 au 6 mai, sur Huguette 2 et 3, les Viets sont contrés par le Bataillon de Marche Étranger Parachutiste : 160 spectres se dressent pour un ultime baroud. La 4e compagnie du 1er BCP saute sur Diên Biên Phu. Le capitaine Bazin de Bezons est blessé par un obus et est remplacé par le capitaine Pouget.
Le 6 mai, le nombre de défenseurs du camp retranché est très réduit et les munitions manquent. Éliane 4 est tenu par les survivants du I/1er RCP et du 5e BPVN côté est, et par la 4/1er BPC côté sud-est. Entre collines et rivière Éliane 3 est tenu par deux sections du 6e BPC
Au centre se trouve l’antenne chirurgicale secondaire où s’entassent quelque trois cents blessés des unités parachutistes de la Légion.
Deux points d’appui assurent la couverture nord : à droite de la piste d’aviation, se trouve Épervier où s’accroche les parachutistes vietnamiens du capitaine Alain Bizard, renforcés par des demi-sections du 8e Choc, et à gauche, Huguette 2 et Huguette 3, sous les ordres du commandant Guiraud, avec une vingtaine de légionnaires parachutistes, moins de cinquante Marocains et moins de cinquante légionnaires du I/2e R.E.I
Dans la partie sud du réduit central, le point d’appui Junon se trouve entre le P.C. du général de Castries et la rivière, et est occupé par les Thaïs blancs du capitaine Duluat, qui enserrent les mitrailleuses quadruples du lieutenant Redon.
Dans la nuit du 6 au 7 mai, la bataille est générale ; elle fait rage au nord du sous-secteur . Le général Giap fait donner les orgues de Staline dont l'effet est dévastateur. La terre se soulève, les hommes se font hacher en criant. C’est l’Apocalypse. Diên-Biên-Phu s’engloutit dans le fer et les flammes.
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Les Viets attaquent à l’ouest Épervier et Huguette 3. Un assaut de plus, mais ce n’est plus un combat à armes égales. Les soldats français se battent à un contre cent.
Les deux dernières unités du 6e BPC sont anéanties ; les lieutenants Roland Corbineau et André Samalens, les deux officiers qui restaient à la 2e compagnie sont tués tandis que le capitaine Hervé Trapp, les deux jambes fauchées par une grenade, gît dans un trou.
À cinquante mètres de lui, le capitaine René Le Page est dans une situation désespérée, entouré d’un petit groupe de cinq ou six parachutistes.
Les blessés de l’infirmerie d’Éliane 3 se lèvent de leurs couchettes, ramassent des armes abandonnées. Dans l’impossibilité de vaincre, ils choisissent de mourir mais mourir les armes à la main et non pas comme des rats dans l’obscurité des souterrains de l’infirmerie.
À deux heures du matin, deux tonnes de TNT sautent et le sommet d’Éliane 2 disparaît soufflé par un volcan. Dans le cratère noir, il ne reste plus rien de la 2e compagnie du 1er BPC.
Le 7 mai, dès l’aube, les fantassins déferlent sur les points d’appui. Les derniers postes d’Éliane finissent par être submergés. Le lieutenant Le Cour Grandmaison et ses trois légionnaires ne répondent plus.
Les hommes sont trop épuisés pour tenter une sortie. Diên-Biên-Phu s’engloutit dans le fer et les flammes mais aucune unité ne s’est rendue.
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Dans la plaine Éliane 3 est investie, casemate après casemate, abri après abri, par des Viets circonspects, qui nettoient le terrain à la grenade, sans égard pour les légionnaires et les parachutistes blessés, impitoyablement exterminés.
Le général Christian de Castries ordonne le cessez-le-feu à 17 heures 30. Dans le réduit central, tous les officiers du PC ont dans la bouche le goût amer de la défaite.
À 17 heures 30, un silence de plomb fait place au tumulte de la bataille ; les bo-doï investissent prudemment les PA. Aucun drapeau blanc ne flotte sur le camp retranché.
Toute l’artillerie viet s’acharne sur Isabelle. Le centre de résistance du 3e REI, commandé par le colonel André Lalande, à cinq kilomètres au sud de Diên-Biên-Phu, est le plus coriace et le mieux fortifié mais à 18 heures, il ne reste plus rien du camp retranché.
Vers 1 heure, une tentative de sortie par le sud échoue. La plupart des soldats d’Isabelle, harassés par cinquante-huit jours de bataille continue, tombant d’embuscade en embuscade, finissent par être repris et ramenés les bras attachés haut dans le dos dans les colonnes de prisonniers. Seule une poignée de légionnaires parvient à s’enfuir avec quelques cavaliers et quelques Thaïs. Une centaine d’hommes vont parvenir à forcer le blocus ennemi dans les jours suivants et, au prix de souffrances indicibles, triomphant de la faim, de la soif, de la maladie, de l’épuisement, réussiront à rallier Muong Saï, deux cents kilomètres à l’ouest, ultime bastion français au Nord Laos.
D’autres, dont le nombre est ignoré, vont tourner, des jours, des semaines durant, dans le labyrinthe de la jungle. Ils y mourront solitaires, abandonnés de tous. Ceux-là n’auront été vaincus que par la mort.
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Les médecins Grauwin et Gindrey sont autorisés à s’occuper de leurs patients. À leur grande fureur, Rondy et Madeleine, les deux toubibs des B.E.P. doivent abandonner leurs blessés. Deux infirmiers, Réale et Di Lorenzo sont autorisés à rester sur Diên-Biên-Phu.
Le 7 mai 1954 Diên Biên Phu est tombé.
Hormis l'écart important, en effectifs et en matériels, entre forces françaises et vietminh, contrairement à Na San, cuvette dont les Français tenaient à la fois les hauteurs et le fond, à Diên Biên Phu, le CEFEO ne maîtrise en effet que les premières collines
et le fond de la cuvette, avec un appui aérien limité en raison de l'éloignement des bases de décollage et de conditions météorologiques exécrables.
La bataille de Dien Bien Phu coûte au CEFEO plus de 3 000 hommes, 1 700 morts et 1 600 disparus ; 4 400 soldats français sont blessés ; 10 300, dont les 4 400 blessés, sont fait prisonniers.
L'ennemi perd au moins 8 000 hommes et a plus de 15 000 blessés.
La victoire viêtminh à Diên Biên Phu annonce le désengagement de la France en Indochine à l'issue des accords de Genève qui, le 21 juillet 1954, mettent fin au conflit indochinois en reconnaissant le gouvernement démocratique du Vietnam.
Sur les 10300 soldats français faits prisonniers à Diên Biên Phu, seuls 3300 sont rendus à leurs familles. Les autres, souvent laissés sans soins, épuisés, affamés, parfois sommairement exécutés, perdent la vie sur les routes qui les conduisent à leur lieu de détention et dans les camps du Viêt Minh.
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Avec l'aimable autorisation de Georges Suaudeau. |
Début des combats cliquer ici : Diên Biên Phu premiers combats
Sources :
Billbolus — Travail personnel, CC BY-SA 3.0,
Plan de situation de la bataille de Dien Bien Phu (20 novembre 1953 - 7 mai 1954) BrunoLC - Own work
wikimedia CC BY-SA 3.0,
BrunoLC — Travail personnel, CC0,
wikipedia
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