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Texte à méditer :   A nous le souvenir, à eux l'Immortalité.   Souvenir Français du canton de Dun-sur-Meuse
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Les frères Clark

Les Frères Clark

Coleman Tilestone Clark
5e batterie, 2e groupe, 28e Régiment d'Artillerie de Campagne de l'armée française
Tué à Juvigny (Soissons) le 29 mai 1918

Salter Storrs Clark Jr
Compagnie A, 311e Régiment d'Infanterie, armée US
tué à Grand-pré le 19 octobre 1918.


Plusieurs centaines de volontaires américains ont contribué à l’effort de guerre bien avant l’entrée en guerre officielle de leur pays. Coleman Clark fut l’un d’entre eux.

Alors que la guerre éclate en 1914 en Europe, Coleman étudie à l’Université de Yale. Quelques mois plus tard, au début 1916, il écrit « je sens que la France a terriblement besoin d’hommes à cet instant, et que je dois partir sans tarder ». Ce sentiment devient encore plus fort après avoir lu un bulletin officiel du gouvernement français demandant à un ami à lui de « préparer vingt ambulances de plus et une vingtaine d’hommes pour début mai ».

Le 29 avril 1916, Coleman embarque pour la France en tant que conducteur d’ambulance américaine. Avec plusieurs centaines d’autres, il travaille pour le Service américain aux Armées qui fournit une aide civile aux troupes françaises et britanniques sur le front.

En juin, Coleman atteint Verdun alors que l’attaque allemande est au plus fort. Comme d’autres, Coleman est témoin des horreurs de la guerre et tente de les mettre par écrit : "Ce soir j’ai discuté avec un artilleur qui revenait tout juste du Morthomme. Il m’a dit (…) qu’ils tiraient entre 15 et 23 obus par minute, et que le total d’obus français tirés chaque jour à Verdun dépassait les 150,000.
Nous commençons le boulot le soir 15 véhicules partent pour Verdun, et 7 autres restent ici en réserve. Les 15 fourgons partis transportent les blessés de Bras jusque Verdun la majeure partie de la nuit, et ensuite de Verdun à Baleycourt jusque midi. On s’occupe de 200 à 350 blessés par nuit, et c’est un travail épouvantable.
"

" Je pourrais écrire toute la journée sur les innombrables  fois où on l’a échappé belle. Quand on regarde les trous d’obus de toute taille qui ont touché nos véhicules, on prend conscience qu’on a juste été sacrément chanceux. Hier après-midi ils ont tiré 8 à 10 gros obus en plein milieu de l’hôpital de Baleycourt, faisant une dizaine de morts et plusieurs dizaines de blessés. … Chaque jour sur le long de la route on voit de nouveau, des trous d’obus, de nouveau, des maisons en ruines, de nouveau, des tas de chevaux morts mis dans le caniveau. C’est simplement horrible du début jusqu’à la fin. "

Coleman reste sur le front de Verdun pendant plusieurs mois en tant qu’ambulancier et part ensuite pour le front des Balkans. Il est stationné dans le secteur de Salonique, lorsqu’il apprend la déclaration de guerre américaine. Après être déchargé du Service d’Ambulance, il retourne en France et essaye à plusieurs reprises d’entrer dans l’armée de son pays. Malgré sa motivation inconditionnelle à vouloir aider les Français et participer à cette guerre, ses efforts sont infructueux. Il se tourne alors vers la Légion étrangère française.

 "Pour y entrer, je dois m’engager dans la Légion étrangère pour la durée de la guerre, après avoir obtenu l’accord du ministre de la Guerre français. Si tout se passe bien ce sera la meilleure chose imaginable… Je ne sais pas si je peux réussir les examens de fin de formation. Ce sera la chose la plus difficile que j’aie jamais faite dans ma vie, tout en français, dans un vocabulaire technique qui plus est. Ce n’est qu’une question de dur labeur, je m’en sortirai, car il n’y a rien d’autre au monde que je préférerais faire. Je reconnais entièrement mon devoir auprès des États-Unis, s’ils me prenaient comme soldat, de rang ou officier. Mais cela n’arrivera pas. Dieu sait que j’ai tout essayé…

L’Armée française et sa Légion étrangère, elles, ne considèrent pas que sa vue soit une raison suffisante pour le refuser, et l’accueille en son sein. En s’engageant dans la Légion, Coleman plaide son allégeance envers l’unité et non la République française, ce qui lui aurait fait perdre sa nationalité américaine. En septembre 1917, Coleman est en formation à l’école d’artillerie  de Fontainebleau. Il réussit l’examen et devient « aspirant » début 1918. Il rejoint le 28e Régiment d’Artillerie de Campagne, avec lequel il est très content de se battre sur le front enfin en tant que soldat, et être encore plus utile que lorsqu’il était conducteur d’ambulance : " J’apprends vite et apprécie l’artillerie de plus en plus. C’est une vraie satisfaction d’avoir ouvert le feu contre l’Allemagne, une satisfaction que je ne ressentais pas avec l’Ambulance. "

 En tant qu’aspirant, Coleman allait être promu sous-lieutenant, mais n’a jamais reçu sa promotion. Fin mai 1918, son unité se bat au nord de Château-Thierry. Le 29, il est évacué dans un hôpital de campagne après avoir été grièvement blessé à la jambe. La transfusion de sang qu’on lui administre est fructueuse, mais quelques heures seulement après s’être plutôt remis, les Allemands ont commencé à bombarder l’hôpital. Coleman se vide littéralement de son sang avant que ses camarades ne puissent l’évacuer.

Salter apprend la mort de Coleman, son petit frère, dans une lettre de leurs parents juste après avoir atteint le Vieux Continent avec son unité. Il s’est engagé dans l’armée en juin 1917, après la mise en place de la conscription.  Il rejoint la 78e Division et suit un entraînement militaire près de Philadelphie dans le Camp Dix avec d’autres compatriotes de New Jersey, Delaware et New York. Son unité embarque pour l’Angleterre puis arrive en France en mai 1918. Ses premiers pas sur le champ de bataille ont lieu au cours de la plus grande bataille américaine de la guerre, l’Offensive Meuse-Argonne :
On a progressé de nuit bien sûr et commencé à creuser, chacun creusant sa propre tranchée assez profonde pour se couvrir. D’autres unités nous précédaient, mais nous étions observés en permanence. Il n’y a aucun système de tranchée ici, ni de guerre de position, le secteur est entièrement ouvert, et là où nous étions les lignes ennemies n’avaient même pas été précisément localisées. Cette nuit j’ai grelotté dans mon uniforme, espérant qu’il ne pleuve pas. (…) Un après-midi, on a commencé à creuser une tranchée près de notre poste, et été attaqué par les obus allemands jusqu’à notre retour, les hommes autour de moi ont été assez gazés pour être K.O., mais je m’en suis sorti, perdant une paire de lunettes en mettant mon masque à gaz. Lorsque nous sommes arrivés sur nos hauteurs, les Boches avaient commencé à lancer l’artillerie lourde.

Le 19 octobre, Salter meurt au combat près de Grand-pré, à une dizaine de kilomètres d’ici. Il écrit sa dernière lettre la veille :
Je joins un petit quelque chose à mettre dans un colis de Noël comme nous l’avions fait pour Carolus l’an dernier. Quelques bonbons et un ou deux mouchoirs. N’ai pas le temps d’écrire plus comme le courrier part. On espère que la guerre sera bientôt finie – si le Boche est sincère dans sa proposition de paix. Vous aime tous. Saullie

Carolus est l’aîné des 4 frères. Lui aussi se porte volontaire et rejoint le Service d’Ambulances américain comme Coleman. Il conduit l’ambulance que les habitants de Westfield ont permis de financer, puis rejoint les rangs de l’armée en 1917 et combat lui aussi pendant l’Offensive de Meuse-Argonne, mais n’y laissera pas la vie. Plus tard, il se remémorera son temps sur le champ de bataille, partageant ses souvenirs avec ses petits-enfants, ne manquant pas de mentionner ses deux frères Coleman et Salter Junior.  
Cela peut sembler évident que deux frères tombés sur le champ de bataille soient inhumés côte à côte. Pourtant ce n’est pas le cas pour la plupart des fratries enterrées ici. Sur 22 couples de frères, seulement 4 sont enterrés côte à côte. La guerre a séparé bien des familles, mais le destin a décidé que pour Coleman et Salter Junior elle les réunirait pour l’éternité.

Coleman et Salter
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Tombes de Coleman et Salter Clark
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Coupure Est Républicain
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Tombes des frères Clark au cimetière de Romagne-sous-Montfaucon
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Citation Coleman Clark
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Sources :

  • Salter Storrs Clark senior
  • Souvenir Français de Dun
  • Crédit photos Alain Cesarini

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Date de création : 15/03/2018 14:57
Catégorie : - Personnages remarquables
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